Tahar Ben Jelloun

Publié le par Savannah

 

 

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Ecrivain et poète franco-marocain de langue française, Tahar Ben Jelloun est né à Fès (Maroc) le 01 décembre 1944. Il est l’écrivain de langue française le plus traduit au monde.

Après avoir fréquenté une école primaire bilingue arabo-francophone, Tahar Ben Jelloun étudie au lycée français de Tanger jusqu’à l’âge de 18 ans puis fait des études de philosophie à l’université Mohammed V de Rabat, où il écrit ses premier poèmes – recueillis dans « Hommes sous linceul de silence » (1971)

Lors de ses études de philosophie, il connaît le début d’une répression estudiantine. En 1965, beaucoup d’étudiants manifestent dans les grandes villes du Maroc mais les autorités réprouvent et le jeune homme est accusé d’avoir organisé les émeutes. Il est envoyé avec 94 autres de ses camarades en camp disciplinaire de l’armée en 1966. Il n’est libéré qu’en janvier 1968 et reprend ses études.   

Il enseigne ensuite la philosophie au Maroc. Mais, en 1971, suite à l’arabisation de l’enseignement de la philosophie, il doit partir pour la France, n’étant pas formé pour la pédagogie en arabe. Il s’installe à Paris pour poursuivre des études de psychologie.

Dès 1972, il écrit de nombreux articles pour le quotidien « Le Monde ».

En 1975 il obtient son doctorat en psychiatrie sociale. Son écriture profitera d’ailleurs de son expérience de psychothérapeute (« La Réclusion solitaire », 1976).

En 1985, il publie le roman « L’Enfant de sable » qui le rend célèbre. C’est avec la suite de cette œuvre, « La Nuit sacrée », qu’il obtient le prix Goncourt en 1987.

Tahar Ben Jelloun vit actuellement à Paris avec sa femme et ses enfants (Merième, Ismane, Yanis et Amine), pour lesquels il a écrit plusieurs ouvrages pédagogiques dont « Le Racisme expliqué à ma fille » en 1997.

Il est aujourd’hui régulièrement sollicité pour des interventions dans des écoles et universités marocaines, françaises et européennes.

 

 

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« L’Enfant de sable » et « La Nuit sacrée » ont été traduits en 43 langues dont l’indonésien, le lithuanien, le vietnamien, l’hindî, l’hébreu, le japonais, le coréen, le chinois, l’albanais, le slovène… 

« Le Racisme expliqué à ma fille » qui fut un best-seller vendue à plus de 400 000 exemplaires, a été traduit en 33 langues dont les 3 principaux dialectes d’Afrique du Sud, le bosniaque et l’espéranto.

La plupart de ses livres ont été traduits en arabe, certains par l’auteur lui-même.

 

RECOMPENSES ET DISTINCTIONS

 

Le 20.07.2010 – Prix international de poésie « Argana », décerné par la Maison de poésie du Maroc.

Le 06.05.2008 il est élu à l’Académie Goncourt au couvert de François Nourrissier, démissionnaire pour raison de santé le 08.01.2008.

Le 01.02.2008, il reçoit des mains du Président de la République française, Nicolas Sarkozy, la Croix de Grand Officier de la Légion d’honneur.

En 2008, il reçoit le titre de Docteur Honoris Causa de l’Université de Montréal.

En 2005 -  Prix Ulysse pour l’ensemble de son œuvre.

En juin 2004 – Prix IMPAC à Dublin. Ce prix, décerné par un jury international après une sélection faite par 162 bibliothèques et librairies anglo-saxonnes, couronne le roman « Cette aveuglante absence de lumière », roman écrit à la demande d’un ancien prisonnier du bagne de Tazmamart au Maroc et après un entretien avec celui-ci.

1993 – Titre de Docteur Honoris Causa de l’Université catholique de Louvain.

1987 – Prix Goncourt pour « La Nuit sacrée ».

 

ŒUVRES

 

Hommes sous linceul de silence – 1971

Harrouda – 1973

La Réclusion solitaire – 1976

Les amandiers sont morts de leurs blessures, poèmes – 1976 – Prix de l’Amitié franco- arabe en 1976

La Mémoire future – anthologie de la nouvelle poésie du Maroc – 1976

La Plus Haute des solitudes – 1977

Moha le fou, Moha le sage – 1978 – Prix des Bibliothécaires de France, Prix Radio-Monte-Carlo en 1979.

A l’insu du souvenir, poème – 1980

La Prière de l’absent – 1981

L’Ecrivain public, récit – 1983

Hospitalité française – 1984

La Fiancée de l’eau, suivie de « Entretiens avec Mr Saïd Hammadi ouvrier algérien », théâtre – 1984

L’Enfant de sable – 1985

La Nuit sacrée – 1987 – Prix Goncourt

Jour de silence à Tanger, récit, 1990

Les Yeux baissés, roman, 1991

Alberto Giacommetti – 1991

La Remontée des cendres, poèmes – 1991

L’Ange aveugle, nouvelles – 1992

Eloge de l’amitié – 1994

L’Homme rompu – 1994

La Soudure fraternelle – 1994

Poésie complète – 1995

Le premier amour est toujours le dernier, nouvelles – 1995

Les Raisins de la galère – 1996

La Nuit de l’erreur – 1997

Le Racisme expliqué à ma fille – 1997

L’Auberge des pauvres – 1997

Cette aveuglante absence de lumière – 2001

L’Islam expliqué aux enfants – 2002

Amours sorcières – 2003

Le Dernier Ami – 2004

La Belle au bois dormant – 2004

Partir – 2006

Yemma – 2007

Au pays – 2009

Beckett et Genet, un thé à Tanger – 2010

Jean Genet, menteur sublime - 2010

 

 

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Dans « Le Monde » du lundi 06 septembre 2010, Tahar Ben Jelloun écrit une lettre au Président de la République l’invitant à plus de discernement dans ses propos. Il lui rappelle sa position de Chef de l’Etat et l’usage qu’il se doit d’en faire vis-à-vis des valeurs de la République et de sa constitution.

 

« Monsieur le Président,

J'ai la chance de bénéficier de deux nationalités. Je suis marocain et français depuis 1991. Je suis heureux d'appartenir à deux pays, deux cultures, deux langues et je vis cela comme un enrichissement permanent. Depuis vos déclarations de Grenoble sur la possibilité de déchoir de la nationalité française une personne qui aurait commis un délit grave, je sens ma nationalité française quelque peu menacée, en tout cas fragilisée. Non que j'aie l'intention de tomber dans la délinquance et de troubler gravement l'ordre public, mais je vis cela comme une attaque du socle fondamental du pays, sa Constitution. Et cela, Monsieur le Président n'est pas admissible dans une démocratie, un Etat de droit comme la France qui reste malgré tout le pays des Droits de l'Homme, pays qui a accueilli et sauvé des centaines de milliers d'exilés politiques tout au long du siècle dernier.

Vous aviez déclaré en 2004, quand vous étiez Ministre de l'Intérieur qu'"à chaque délit, il doit y avoir une réponse ferme. Mais celle-ci ne peut varier selon que l'on est, sur sa carte d'identité, français ou non". Le Président que vous êtes aujourd'hui contredit le Ministre que vous avez été. Cela m'amène à réfléchir à la fonction qui est la vôtre et à répondre tardivement au débat qu'un de vos ministres a cru bon de lancer sur la scène publique à propos de l'identité nationale.

La nationalité est une part de l'identité. Elle peut être double, comme dans mon cas. Je ne me vois pas privé de l'une des deux. Je me sentirais diminué.

Par ailleurs, aucune société n'est raciste en soi. C'est stupide et injuste de dire que "la France est un pays raciste". La France, comme tant d'autres pays, est traversée par des tendances à l'exclusion et au racisme, parfois pour des raisons idéologiques et politiques, et d'autres fois pour des raisons de malaise social, de pauvreté et de peur. Faire l'amalgame entre insécurité et immigration est plus qu'une erreur, une faute.

Le rôle d'un dirigeant politique est de décourager, voire empêcher le développement de ces tendances. Un chef d'Etat ne doit pas réagir avec ses humeurs et ses tripes. Au contraire, il n'est pas un citoyen qui peut se permettre de dire n'importe quoi. C'est quelqu'un qui doit peser ses mots et mesurer les conséquences qu'ils peuvent générer. L'Histoire enregistre ses déclarations, les bonnes et les mauvaises, les justes et les malvenues. Votre quinquennat sera certainement marqué par quelques-unes de vos bavures langagières. N'importe quel homme insulté a le droit de réagir. Pas un chef d'Etat. Non pas qu'on soit autorisé à vous manquer de respect, mais vous devez vous situer au-delà du niveau du citoyen moyen. Vous êtes un symbole, porteur d'une fonction noble et exceptionnelle. Pour habiter cette fonction, pour consolider cette ambition, il faut savoir prendre de la hauteur et ne pas coller aux faits au point d'oublier qu'on est un citoyen d'exception.

Qu'il soit issu d'un parti défendant des valeurs de droite ou de gauche, le chef de l'Etat, parce qu'élu au suffrage universel, doit être le président de tous les Français, y compris des Français d'origine étrangère même quand le malheur casse leur destin ou les prédispose à une précarité pathogène. Or, vos récentes déclarations, dénoncées par un éditorial du « New York Times » et par des personnalités aussi importantes que Robert Badinter, sont le signe d'un dérapage qui, peut-être vous apporterait en 2012 certaines voix du Front national, mais vous place dans une situation difficilement défendable.

APARTHEID

Monsieur le Président, je comprends votre souci sécuritaire. Vous ne trouverez personne pour défendre des voyous qui tirent sur des agents de la police et de la gendarmerie. La justice est là pour donner "une réponse ferme" à ces délits ; ils doivent être jugés sans que leurs origines, leur religion ou leur couleur de peau soient prises en compte, sinon, on tomberait dans l'apartheid. Mais la répression ne suffit pas. Il faudra aller aux racines du mal et assainir de manière définitive la situation dramatique des banlieues.

Il est plus facile de susciter la méfiance, voire la haine de l'étranger, que le respect mutuel. Un chef d'Etat n'est pas un policier au statut amélioré. C'est un magistrat, le plus haut placé, donc celui devant être irréprochable dans sa conduite et dans ses paroles. Il est le garant de la justice et de l'Etat de droit. Quand, Monsieur le Président, vous promettez la déchéance de la nationalité aux délinquants d'origine étrangère qui porteraient atteinte à la vie d'un policier ou d'un gendarme, vous tenez un discours que la Constitution réfute. C'est une parole en l'air, car vous savez pertinemment que l'application d'une telle loi, si elle est votée, créerait plus de problèmes qu'elle n'en résoudrait. Ce n'était pas à vous de lancer cette menace.

Monsieur Le Président, vous n'êtes pas sans savoir ce que l'ONG Transparence France a écrit dans son dernier rapport. Au cas où cela vous aurait échappé, je vous cite une de ses conclusions : "La France continue de véhiculer une image relativement dégradée de sa classe politique et de son administration publique." La France est par ailleurs classée au 24e rang sur 180 pays en ce qui concerne la corruption.

La crise économique n'est pas une excuse. La crise morale est un fait. Il revient à vous, Monsieur le Président, de rétablir l'image de la France dans ce qu'elle a de plus beau, d'enviable et d'universel, à savoir son statut de pays des droits de l'homme, pays de la solidarité et de la fraternité proclamées, terre généreuse, riche de ses différences, riche de ses couleurs et de ses épices, prouvant entre autres que l'islam est tout à fait compatible avec la démocratie et la laïcité. Pour cela, Monsieur Le Président, effacez, je vous prie, de votre discours les idées malheureuses qu'un parti d'extrême droite diffuse dans le but de fermer ce pays sur lui-même, de l'isoler et de trahir ses valeurs fondamentales. »

 

 

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Tahar Ben Jelloun, c’est la pensée qui, par l’écriture, refoule la violence. Pure et raisonnée, sa plume reflète une âme baignée dans la tradition mais ancrée dans le monde d’aujourd’hui. Loin de rejeter la sagesse de sa foi et de ses ancêtres, loin de renier ses origines, mais conscient d’appartenir à deux mondes, fier d’être un élément de ces deux univers, il a su engendrer une pensée prouvant qu’il est totalement possible de vivre ensemble et en harmonie, que la croyance divine est éternelle et universelle pour peu que l’individu soit correctement instruit et tolérant. A travers son œuvre et via son parcours personnel, Tahar Ben Jelloun a su démontrer toute la beauté de l’islam, en effacer toute la face négative que certains se plaisent à lui décerner et prouver que tous les musulmans ne sont pas des intégristes-terroristes ou des délinquants mais des sages dont il est profitable d’écouter la parole.

 

 

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Publié dans Héros

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