Amadou Hampâté Bâ, la mémoire africaine
Ecrivain et ethnologue malien, Amadou Hampâté Bâ est né en janvier ou février 1900 à Bandiagara et est mort le 15 mai 1991 à Abidjan (Côte d’Ivoire).
Né à Bandiagara, chef-lieu du pays Dogon et ancienne capitale de l’Empire toucouleur du Macina, Amadou Hampâté Bâ, fils de Hampâté Bâ et de Kadidja Pâté Poullo Diallo, était descendant d’une famille peule noble.
Peu de temps après sa naissance ses parents divorcèrent et il fut adopté par le second époux de sa mère, Tijani Amadu Ali Caam, de l’ethnie toucouleur, mais à la mort de son père son entretien et son éducation furent confiés à un jeune homme de confiance que son père avait recueilli enfant.
Il fréquente d’abord l’école coranique de Cerno Bokar Salif Tall aussi appelé Tierno Bokar, un dignitaire de la confrérie tidjaniyya qui eut une grande influence dans la vie d’Hampâté Bâ.
Après avoir été réquisitionné d’office pour l’école française à Bandiagara, il entre à 13 ans à l’école régionale de Jenne où il prépara le certificat d’études. En 1915 il se sauve pour rejoindre sa mère à Kati où il reprendra ses études, n’ayant pu obtenir son diplôme officiel compte tenu de sa fuite. Parallèlement il devint « vaguemestre auxiliaire de l’armée à titre civil » et écrivain public. Ce n’est qu’à l’issue de la session 1918-1919 qu’il obtint enfin son précieux certificat d’études à Bamako.
Après deux années passées à l’Ecole professionnelle de Bamako, il refuse en 1921 d’entrer à l’Ecole normale de Gorée et ce compte tenu de l’interdiction imposée par sa mère. A titre de punition, le gouverneur l’affecte à Ouagadougou en qualité d’écrivain temporaire ce qui signifiait sans l’être explicitement mentionné, « à titre essentiellement précaire et révocable ».
De 1922 à 1932, il occupe plusieurs postes dans l’administration coloniale en Haute-Volta (actuel Burkina Faso) puis jusqu’en 1942 à Bamako.
En 1933, il obtient un congé de 6 mois qu’il passe auprès de Tierno Bokar, son maître spirituel.
En 1942, il est affecté à l’Institut français d’Afrique noire (ITAN) de Dakar grâce à la bienveillance de son directeur, le professeur Théodore Monod. Il y effectue des enquêtes ethnologiques et recueille les traditions orales. Il se consacrera notamment à une recherche de 15 ans qui le mènera à rédiger « L’Empire peul du Macina ».
En 1951, il obtient une bourse de l’UNESCO lui permettant de se rendre à Paris et de rencontrer les milieux africanistes, notamment Marcel Griaule.
En 1960, à l’indépendance du Mali, il fonde l’Institut des Sciences Humaines à Bamako et représente son pays à la Conférence générale de l’UNESCO.
En 1962, il est élu membre du Conseil exécutif de l’UNESCO.
En 1966, il participe à l’élaboration d’un système unifié pour la transcription des langues africaines.
En 1970 prend fin son mandat à l’UNESCO, Amadou Hampâté Bâ se consacre alors entièrement à son travail de recherche et d’écriture.
Les dernières années de sa vie, il les passera à Abidjan à classer ses archives accumulées durant sa vie sur les traditions orales d’Afrique de l’Ouest ainsi qu’à la rédaction de ses mémoires, « Amkoullel l’enfant peul » et « Oui mon commandant ! », qui seront publiés après sa mort survenue le 15 mai 1991.
Œuvres
L’Empire peul du Macina – 1955 – nouvelle édition en 1984
Vie et enseignement de Tierno Bokar, le sage de Bandiagara – 1957 – réécrit en 1980 – Adapté au théâtre par Peter Brook en 2003.
Kaïdara, récit initiatique peul – 1969
L’Etrange Destin de Wangrin – 1973 – Grand prix littéraire d’Afrique noire 1974.
L’Eclat de la grande étoile – 1974
Jésus vu par un musulman – 1976
Petit Bodiel – conte peul – version en prose de Kaïdara – 1976
Njeddo Dewal mère de la calamité – conte fantastique et initiatique peul – 1985
La Poignée de poussière – contes et récits du Mali – 1987
Amkoullel l’enfant peul – Mémoires, tome 1 – 1991
Oui mon commandant ! – Mémoires, tome 2 – 1994
AMADOU HAMPATE BA et THEODORE MONOD
Citations
- En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle – 1960 à l’UNESCO.
- Les peuples de race noire n’étant pas des peuples d’écriture ont développé l’art de la parole d’une manière toute spéciale. Pour n’être pas écrite, leur littérature n’en est pas moins belle. Combien de poèmes, d’épopées, de récits historiques et chevaleresques, de contes didactiques, de mythes et de légendes au verbe admirable se sont transmis à travers les siècles, fidèlement portés par la mémoire prodigieuse des hommes de l’oralité, passionnément épris de beau langage et presque tous poètes – 1985, lettre à la jeunesse.
- Je suis un diplômé de la grande université de la Parole enseignée à l’ombre des baobabs.
- Si tu sais que tu ne sais pas, alors tu sauras. Mais si tu ne sais pas que tu ne sais pas, alors tu ne sauras point.
Découvrir Amadou Hampâté Bâ c’est s’apercevoir combien la culture africaine est riche. Le découvrir c’est l’adopter tellement ses écrits sont des preuves écrites, transcriptions d’une transmission orale séculaire, de la sagesse africaine. Son œuvre est la plus trace de la tradition peule voire de toute l’Afrique de l’Ouest dans son ensemble. Sa longue vie lui a permis non seulement de mettre en place des systèmes aptes à mieux diffuser la culture africaine, sa « littérature » orale, ses traditions, son histoire mais également de rédiger des ouvrages essentiels qui viennent contredire les mauvais esprits qui ne s’imaginent les Africains que tels des sauvages incapables d’engendrer de belles pages. Dans le paragraphe consacré à ses principaux écrits j’ai volontairement omis de citer un livre qui me tient particulièrement à cœur : « Il n’y a pas de petite querelle ». Ce recueil de contes est d’une grande diversité car on y trouve des contes classiques, tantôt réalistes et humoristiques, tantôt merveilleux, des histoires extrêmement brèves comme « La coépouse bossue » ainsi qu’une fable sur la corruption politique, « Le cadavre de Hyène-Mère ». Magnifiques récits initiatiques, à l’imaginaire magique, fécond et poétique mais très différents de l’imaginaire occidental, ces contes sont également des sources de réflexion, notamment en matière de religion. Mais, surtout, par la lecture de « Il n’y a pas de petite querelle » on se rend compte combien la dimension orale, importante dans tout conte, devient essentielle et fascinante avec le conte africain.
Lire Amadou Hampâté Bâ c’est accéder à des œuvres fourmillant de sagesse, de connaissance mais fourmillant également d’anecdotes savoureuses, tendres, drôles mais, malheureusement aussi, cruelles.