La Nuit sacrée de Tahar Ben Jelloun

Publié le par Savannah

 

 

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Suite de « L’Enfant de sable », « La Nuit sacrée », roman de Tahar Ben Jelloun, a été publié le 01 septembre 1987 et a obtenu le Prix Goncourt la même année.

 

Dans « L’Enfant de sable », Tahar Ben Jelloun donnait la parole à un conteur, pour narrer l’histoire d’Ahmed, une jeune fille marocaine, que son père avait fait passer pour un homme durant toute sa vie, afin de ne pas connaître le déshonneur de ne pas avoir d’héritiers masculins.

Dans ce roman complémentaire, Ahmed reprend la parole, se fait conteuse d’elle-même : après la mort de son père, lors de la « nuit sacrée » (la 27° nuit du Ramadan), elle reprend son identité féminine et décide de partir, laissant tous ses mauvais souvenirs derrière elle.

 

Bien que ces deux romans soient complémentaires, ils peuvent parfaitement se lire isolément.

 

Mêlant les faits réels et la magie, Tahar Ben Jelloun offre dans son roman un portrait inédit du Maroc. Les traits les plus durs de la société marocaine y sont représentés : difficulté de la situation de la femme, soumise aux viols et à la supériorité masculine, problème de la mendicité, crimes de l’Etat.

 

 

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RESUME

 

Après avoir enterré son père, la narratrice quitte sa famille et décide de parcourir le Maroc afin de découvrir son identité en tant que femme.

Elle rencontre d’abord un prince, qui l’enlève sur son cheval et l’emmène dans un pays enchanté. Quand elle commence à le découvrir, le conte est interrompu et elle doit fuir.

Les passages oniriques, très empreints de l’univers du conte, sont fréquents dans ce roman.

Après avoir quitté le prince, le retour à la vie réelle est brusque pour la narratrice : elle fait une mauvaise rencontre dans un bois et se fait violer.

Elle arrive ensuite à Agadir. En allant au hammam, elle y fait la connaissance de l’Assise, la femme qui tient la réception. Celle-ci la prend en pitié et l’invite à venir vivre chez elle, ainsi elle pourra tenir compagnie à son frère, le Consul, qui a perdu la vue lorsqu’il était enfant. Il apparaît rapidement qu’il s’agit d’un couple étrange, aux relations presque incestueuses.

Le Consul et la narratrice entament une relation amoureuse mais l’Assise ne pouvant accepter cette réalité, décide de se venger de la jeune fille en retrouvant son oncle. Ce dernier se déplace jusqu’à Agadir pour l’accuser de mensonge ainsi que du vol de l’héritage familial. La narratrice le tue violemment.

Jetée en prison, elle ne témoigne jamais du moindre regret quant à son meurtre, considérant qu’elle n’a fait que réparer une injustice de la société marocaine. Avec un bandeau sur les yeux, elle s’entraîne à vivre comme une aveugle. Elle s’évade de sa prison par des rêveries incessantes au sein desquelles elle devient une princesse ou une sainte.

Cependant elle est souvent agressée par ses sœurs qui l’ont retrouvée et lui en veulent d’avoir tenu le rôle aisé du garçon dans leur famille. Lors d’une scène particulièrement barbare, elles lui cousent les lèvres du vagin.

Les dernières pages du livre constituent une fin allégorique de l’intrigue : la narratrice est libérée et se rend jusqu’à la mer. Là elle pénètre dans une maison blanche, apparue dans la brume.

 

Elle raconte sa vie d’adulte, son long chemin vers l’oubli de toutes ses souffrances et sa quête d’identité, avec une poésie et une sensibilité extrêmement touchantes. Sa façon de voir les choses, de redécouvrir son existence, son corps, ses rapports avec les autres, sont rapportés avec une douceur et une authenticité ressentis tout au long de la lecture. Ce pourrait être l’histoire de toute personne blessée qui cherche à effacer ses souvenirs, puis l’acceptation et la reconstruction de sa propre personnalité en dépit des blessures.

« La Nuit sacrée » c’est également le récit de sa quête d’identité sexuelle et une réflexion sur la marginalité. Cette « autobiographie », infinie plus violente que la narration de « L’Enfant de sable » peut s’imposer comme un roman musulman qui ose s’exprimer contre l’hypocrisie et le fanatisme religieux mais ce plaidoyer n’est pas pour autant un récit anti musulman.

 

 

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EXTRAIT

 

« Rappelez-vous ! J’ai été une enfant à l’identité trouble et vacillante. J’ai été une fille masquée par la volonté d’un père qui se sentait diminué parce qu’il n’avait pas eu de fils.

Comme vous le savez, j’ai été ce fils dont il rêvait. Le reste, certains d’entre vous le connaissent ; les autres en ont entendu des bribes ici ou là. Ceux qui se sont risqués à raconter la vie de cet enfant de sable et de vent ont eu quelques ennuis ; certains ont été frappés d’amnésie ; d’autres ont failli perdre leur âme.

Mais comme ma vie n’est pas un conte, j’ai tenu à rétablir les faits et vous livrer le secret gardé sous une pierre noire dans une maison aux murs hauts au fond d’une ruelle fermée par sept portes. »

 

 

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Publié dans Littérature

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