Nous allions vers les beaux jours de Patrick Cauvin

Publié le par Savannah

 

 

PATRICK CAUVIN

 

 

Très émue à la lecture de cet ouvrage à sa sortie en 1981, j'ai souhaité rendre un hommage légitime à cet immense auteur qu'était Patrick Cauvin et qui a quitté ce monde le 16 août 2010 à l'âge de 77 ans. Qu'importe la critique, justifiée ou non, "Nous allions vers les beaux jours", comme l'ensemble des oeuvres de Patrick Cauvin que j'ai eu le bonheur de lire, est une magnifique et bouleversante histoire dont les héros sont inoubliables.

 

 

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Au début c’est un livre d’images, celles de l’enfance universelle, insouciante et innocente, agrémentée de pleins et déliés, de lourds cartables, de séances de cinéma et de premiers rendez-vous.

Attirée comme un aimant par le cinéma de La Canebière, Victoria Shemin rêvait d’être Gaby Morlay. La caméra c’est toute sa vie, son unique rêve. Elle sera actrice. Elle est si jolie qu’elle décroche un rôle aux studios de Marseille. Elle sera Rose Sariel à l’écran.

Pour Paul Lévin, c’est l’amour du théâtre, la magie des personnages que l’on joue. Son héros est l’Aiglon. Il obtient un premier accessit de tragédie à la Comédie Française avec justement ce grand rôle mais il lui faudra également changer de nom, il deviendra Paul Morange à l’affiche.

Toutefois, ni l’un ni l’autre ne réalisent qu’un régime politique qui les empêche de porter leurs noms, d’être eux-mêmes, les empêcherait simplement d’être et les supprimerait. Perdus dans leur rêve d’avenir, ils ne perçoivent pas l’imminence du danger extrême pour les Juifs. Paul a bien envoyé sa mère à l’abri avec ses tricots mais il ne peut abandonner son rôle car il est intimement convaincu qu’une telle chance ne se représentera jamais. Quant à Vic, elle a bien vu filer à l’étranger le marchand de pizzas du quartier mais elle ne croit que son père quand il lui dit qu’elle a son étoile dans le ciel.

Peu à peu la toile de fond s’assombrit, l’atmosphère devient de plus en plus irrespirable quand la guerre qui menaçait éclate enfin puis s’installe dans un climat funeste pour les Juifs, celui d’abord de l’étoile jaune puis celui des camps où cet homme et cette femme, qui vivaient si loin l’un de l’autre, se rencontreront grâce à leur passion commune.

Dès leur première rencontre ils savent qu’ils sont faits l’un pour l’autre, ils vont s’aimer et jouer la comédie pour la dernière fois.

Parce qu’ils sont Juifs et acteurs professionnels, la propagande nazie les a recrutés pour interpréter leur ultime rôle dans un mauvais film destiné à prouver à la postérité que l’Allemagne nazie avait une conduite humaine à l’égard des populations civiles juives déportées. Pour Paul et Victoria ce sont quelques jours gagnés sur la vie, un trop court laps de temps pour se convaincre qu’ils peuvent par la seule force de leur amour, de leur espoir en la vie, administrer une superbe gifle à la face de leurs tortionnaires. Ils peuplent alors leurs souffrances d’instants d’imaginaires folies, d’humour irréel pour conjurer la réalité.

Malheureusement, la douleur, le mensonge et la mort va réunir ces deux êtres car, pour que le subterfuge ne soit jamais dévoilé et que demeure pour les générations futures ainsi que pour l’Histoire cette image du « Juif heureux » dans l’Allemagne nazie, tous les acteurs de ce film devront être exécutés.

En 1944, la propagande nazie fit tourner un film destiné principalement aux représentants de la Croix-Rouge internationale, intitulé « Le Führer fait don  d’une ville aux Juifs ». On y voyait à Theresienstadt (Terezin en Tchécoslovaquie), dans une atmosphère de joie et de travail, évoluer des Juifs « heureux » dont la plupart furent exécutés après le tournage. Pourtant tout le monde avaient vu des individus en bonne santé, des jardins potagers, des ateliers de couture, des douches, des bibliothèques, ainsi que des ateliers d’art, des matches de football et des gens souriants en train de causer ou de lire. Ce fut sans doute, par l’intermédiaire du cinéma, l’acte de mystification le plus cynique et le plus tragique qui ait été commis.

 

 

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A partir d’un épisode historique tragique, Patrick Cauvin réalise un roman bouleversant. Sur un sujet grave, l’auteur, grâce à son immense talent, parvient à transmettre toute l’intensité de la tragédie, à rendre encore plus poignante l’histoire d’amour de Vic et de Paul, cruellement assassinée par la barbarie humaine. Tels Roméo et Juliette, Patrick Cauvin a su donner à Paul et Vic une dimension universelle et éternelle d’amants dont la passion est sauvagement broyée par l’intolérance née de la bêtise alliée à la sauvagerie animale subsistant chez trop d’individus. A l’heure où ressurgissent des actes de violence issus du rejet des différences, du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie, ce livre demeure une œuvre essentielle à lire ou à relire pour ne pas oublier et éviter de commettre à nouveau le pire et l’effroyable.


 

 

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Publié dans Littérature

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