Pétra, la merveille bariolée

Publié le par Savannah

 

 

PETRA1 - LA KHAZNEH

 

LA KHAZNEH

 

 

Pétra, dont le nom en grec ancien signifie « rocher », appelée « Al-Butra » en arabe et « Requem » ou « Raqmu », (la Bariolée), en sémitique, est une ancienne cité troglodytique située dans l’actuelle Jordanie, au cœur d’un bassin bordé par les montagnes qui forment le flanc oriental de l’Arabah, grande vallée prolongeant le grand rift vers le nord et qui s’étend de la mer Morte au golfe  d’Aqaba.

Créée dans l’Antiquité vers la fin du VIII° siècle avant JC par les Edomites, elle est ensuite occupée vers le VI° siècle avant JC  par les Nabatéens qui la font prospérer grâce à sa position sur la route des caravanes transportant l’encens, les épices et d’autres produits de luxe entre l’Egypte, la Syrie, l’Arabie du Sud et la Méditerranée. Vers le VIII° siècle, la modification des routes commerciales et les séismes entraînent l’abandon progressif de la ville par ses habitants. Pétra a abrité à son apogée jusqu’à 25 000 habitants. Tombé dans l’oubli à l’époque moderne, le site est redécouvert par le monde occidental grâce à l’explorateur suisse Jean-Louis Burckhart en 1812.

Les nombreux bâtiments, dont les façades impressionnantes sont directement taillées dans la roche, en font un ensemble monumental unique qui, depuis le 06 décembre 1985, est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. La zone autour du site est également, depuis 1993, un parc national archéologique.

 

GEOGRAPHIE

 

 

PETRA - ESPLANADE DU DEIR

 

ESPLANADE DU DEIR

 

 

Pétra est située à mi-chemin entre le golfe d’Aqaba et la mer Morte à une altitude de 800 à 1396 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans un fond de vallée de la région montagneuse d’Edom, à l’est de la vallée de l’Arabah. De nos jours le site de Pétra se trouve à près de 200 km au sud de la capitale jordanienne d’Amman, soit à environ 3 heures de route.

La situation de Pétra, dissimulée entre des rochers aux parois abruptes et dotée d’un approvisionnement sûr en eau en fait un lieu propice au développement d’une cité prospère. L’endroit n’est accessible que un étroit sentier montagneux par  le nord-ouest ou à l’est par un canyon d’environ 1.5 kilomètre de long et jusqu’à 200 mètres de profondeur, le Sîq, l’accès principal, qui, à son endroit le plus resserré, mesure seulement 2 mètres de large.

La présence d’eau et la sécurité apportée par le site ont fait de Pétra une halte naturelle au croisement de plusieurs routes caravanières qui reliaient l’Egypte à la Syrie et l’Arabie du Sud à la Méditerranée, chargées principalement de produits de luxe (épices et soie en provenance d’Inde, ivoire d’Afrique, perles de la Mer Rouge et encens du sud de l’Arabie).

L’activité commerciale engendrée par les caravanes et les taxes perçues produisaient d’importants profits pour les Nabatéens. De ce fait, la ville abrita du V° siècle avant JC au III° siècle un important marché.

 

PLAN DETAILLE DE LA VILLE

 

 

PLAN DETAILLE DE PETRA

  1. Hôtel – centre touristique - 1
  2. Tombeaux « Djinn » - 2
  3. Tombeaux aux obélisques - 3
  4. Tunnel de dérivation d’eau - 4
  5. Secteur d’Al-Madras - 5
  6. Le Sîq - 6
  7. La Khazneh - 7
  8. Terrasses avec façades de tombeaux - 8
  9. Théâtre romain - 9
  10. Tombeau d’Uneishu - 10
  11. Tombeau à l’urne - 11
  12. Tombeau Corinthien - 12
  13. La tombe Palais - 13
  14. Rempart nord - 14
  15. Tombeau de Sextius Florentinus - 15
  16. Tour Conway - 16
  17. Tombeau dit du « Turkmaniyeh »  - 17
  18. Nymphée - 18
  19. Voie à colonnades  - 19
  20. Temples aux lions ailés - 20
  21. Arc de Trajan (Triple arche) - 21
  22. Qasr al-Bint - 22
  23. Musée - 23
  24. Carrières -24
  25. Nécropole d’Umm al-Biyarah - 25
  26. Le Deir - 26
  27. Qattar ad-Deir - 27
  28. Haut-lieu du Madhbah - 28
  29. Rempart sud - 29
  30. Aqueduc - 30
  31. Maison de Dorotheos - 31
  32. Nécropole de Mughr an-Nasarah - 32
  33. Sanctuaire d’Al-M’aysrah - 33
  34. Biclinium à l’urne - 34
  35. Triclinum aux Lions - 35
  36. Sanctuaire d’Isis - 36
  37. Sanctuaire d’Umm-al Biyarah - 37
  38. Monument du serpent - 38
  39. Haut-lieu Jabal Al-Nmayr - 39
  40. Tombes Wâdi Al-Nmayr - 40
  41. Wadi Farasah - 41
  42. Tombes - 42
  43. Niche de l’aigle - 43
  44. Forteresse Al-Wu’ayrah des Croisés - 44
  45. Grand Temple - 45
  46. Haut-lieu et forteresse Al-Habis - 46
  47. Digue - 47
  48. Eglise - 48
  49. Haut-lieu du Djebel Khubtha - 49
  50. Wadi Siyagh - 50
  51. Tombe de la soie  - 51
  52. Tombe de soldat romain - 52
  53. Triclinium coloré - 53
  54. Monument au lion - 54

 

GEOLOGIE

 

 

PETRA - GEOLOGIE UNIQUE DU SITE

 

GEOLOGIE UNIQUE DU SITE

 


Pétra étant une ville troglodyte située au milieu d’escarpements rocheux, la pierre est visible partout sur le site. Celle-ci est composée de grès, roche détritique issue de l’agrégation et la cémentation (ou diagenèse) de grains de sable. Il s’agit d’une roche cohérente. Elle est organisée en strates qui offrent parfois des déclinaisons de couleurs chatoyantes, allant du jaune au violet en passant par le rose), renforcées par l’intensité de la lumière, particulièrement en fin d’après-midi.

Pétra est située dans une région à forte sismicité. Elle se trouve à la limite entre deux plaques qui coulissent, celles d’Arabie et d’Afrique. Le 19 mai 363, en 419, en 551 et 747, des tremblements de terre la ville et ses monuments.

La nappe phréatique d’eau salée située en dessous de Pétra remonte et dégrade les monuments à leur base.

Aux alentours de Pétra on peut trouver des roches contenant de la silice que les Nabatéens ont pu extraire dans des carrières pour faire du béton imperméable.

Ces caractéristiques géologiques particulières ont permis aux habitants de Pétra de se cacher et de se protéger des attaques.

 

 

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L’IRRIGATION

 

 

PETRA - AQUEDUC ROMAIN

 

AQUEDUC ROMAIN

 

L’eau est nécessaire au développement des activités humaines. Les sources étant peu abondantes dans cette région semi-désertique, c’est l’eau de pluie, environ 150 mm par an (aujourd’hui entre 50 et 250 mm), qui assurait l’essentiel des besoins. Les sources seules ne pouvaient fournir de l’eau que pour quelques familles. Les Nabatéens construisirent un système de captage des eaux et de redistribution avec des règles de répartition aux habitants.

Pétra, située dans une cuvette, pouvait récupérer les eaux pluviales d’un bassin de 92 km² grâce à la relative imperméabilité des roches. Cette faible perméabilité du sol posait néanmoins de nombreux problèmes, comme le déclenchement de crues très puissantes et donc destructrices. En effet, jusqu’à ce qu’il soit dévié au XX° siècle, le cours d’eau Wadi Moussa (« ruisseau de Moïse ») qui coule depuis la source d’Aïn Moussa (« source de Moïse ») dans le Sîq jusqu’au village de Gaia était à l’origine de crues meurtrières comme en 1963. Il existe aussi un « petit Sîq » qui rejoint le Sîq principal près des tombes royales.

Au I° siècle, Strabon dira que les habitants de Pétra « ont des sources en abondance, que ce soit pour des fins domestiques ou pour arroser leurs jardins. »

Des installations de collecte et de distribution d’eau destinées à stocker et transporter l’eau en s’affranchissant du relief escarpé sont encore visibles de nos jours, notamment des barrages  hydrauliques et des réservoirs à ciel ouvert. Il existait également un important réseau de citernes souterraines. Au nord-est et sud-est de Pétra, les eaux du Sîq coulaient dans des galeries taillées dans la roche et enduites de plâtre imperméable ou dans un réseau hydraulique en pente douce constitué de tuyaux en terre cuite ou en céramique. Ce réseau alimentait l’aqueduc, les 200 citernes, beaucoup de réservoirs et un nymphaeum ou fontaine publique. Un réseau de plus gros débit permettait aussi de capter l’eau de source plus éloignée et d’alimenter des quartiers en hauteur. Ces réseaux amenaient environ 40 millions de litres d’eau par jour à Pétra.

Le système de distribution d’eau a été comparé avec celui de Rome à la même époque, lui aussi très avancé, bien que la taille des deux cités fut très différente, Rome étant beaucoup plus peuplée. Il était néanmoins suffisant pour couvrir les besoins de la cité.

L’eau, d’une importance cruciale, constituait également le talon d’Achille de la ville. Aussi, lors d’un siège, les Romains coupèrent l’aqueduc afin d’obtenir une reddition rapide des habitants.

La maîtrise de l’eau engendra, à l’époque, la création d’une véritable oasis artificielle. Seuls des vestiges de ces installations sont encore visibles.

 

L’AGRICULTURE ET L’ELEVAGE

 

 

PETRA - TOMBEAUX ROYAUX

 

TOMBEAUX ROYAUX

 


Lorsque la ville était en plein essor, l’eau servait essentiellement à la consommation des habitants et du bétail ainsi que, dans une phase plus tardive, à l’arrosage des jardins.

Des céréales, comme l’orge ou le blé, des arbres fruitiers et des vignes étaient sans doute cultivés à Pétra. Des pressoirs creusés dans des rochers ont été retrouvés, datant probablement de la période de domination romaine qui avait donné au vin une grande importance.

De nos jours, des aménagements agricoles sont visibles autour du site comme des cultures en terrasses dans le secteur de Zurrabeh, créés pour lutter contre l’érosion des sols et obtenir des rendements plus élevés. Depuis l’abandon du site, le manque d’entretien des aménagements hydrauliques a entraîné la destruction de l’essentiel des barrages ; seuls quelques vestiges sont encore visibles, tels qu’un ouvrage dédié à la distribution de l’eau dans le lieu dit des « jardins romains ».

Actuellement des troupeaux de chèvres noires sont élevés autour du site de Pétra. Leur domestication est prouvée depuis le néolithique.

 

CLIMAT

 

Relevé météorologique de Pétra

 

Mois

Record de froid en °C

Record de chaleur en °C

Janvier

10

32

Février

10

23

Mars

14

27

Avril

18

31

Mai

22

35

Juin

24

39

Juillet

26

40

Août

25

41

Septembre

24

37

Octobre

21

33

Novembre

16

28

Décembre

12

23

 

 

HISTOIRE

 

 

PETRA - DECOUVERTE DES TOMBES LORS DES FOUILLES

 

DECOUVERTE DE TOMBES LORS DE FOUILLES

 


L’histoire de Pétra est longue, sa vallée étant particulièrement prisée pour sa facilité de défense. Toutefois, ses premiers habitants ayant été nomades, on ne dispose de traces matérielles des habitations qu’à partir de l’époque nabatéenne car cette civilisation a beaucoup construit et y a vécu le plus longtemps. Après la période byzantine le site est pratiquement abandonné, aussi existe-t-il peu de sources qui évoquent cette époque, ce qui rend difficile la reconstitution de l’histoire de la ville sur une longue période. Après la redécouverte de la ville par Jean-Louis Burckhardt en 1812, on retrouva dans les écrits de l’Antiquité de nombreuses sources évoquant l’histoire de Pétra.

 

NEOLITHIQUE

 

 Des découvertes sur le site de Beidha, à quelques kilomètres de Pétra, ont démontré l’existence d’installations sédentaires datant d’une période estimée entre – 10 000 et – 8 000. L’établissement le plus ancien trouvé à Pétra même date de l’âge de fer.

 

ANTIQUITE

 

Période édomite

 

Selon Léon de Laborde, les premières traces d’installations sédentaires édomites sur le site de Pétra remontent à la fin du VIII° siècle avant JC. Ce peuple domine alors toute la région. Les Edomites choisissent de s’installer sur les collines proches de Pétra, dont Umm al-Beira (« Mère des citernes » puisqu’il y en avaient plusieurs au sommet) plutôt que sur le site occupé plus tard par les Nabatéens. Piètres bâtisseurs, ils sont cependant réputés pour la poterie.

Ils se seraient opposés, selon la Bible, au passage de Moïse lors de l’Exode, car descendants d’Esaü, frères ennemis des Hébreux. Dans un souci de localisation des étapes de l’Exode, Laborde ainsi que les différents explorateurs donneront des dénominations bibliques aux différents lieux : Wadi Moussa, « ruisseau de Moïse », Khazne al-Firaun, « trésor du Pharaon »…

Pétra, comme Bosra, sera connue jusqu’au XX° siècle comme la ville mentionnée dans la Bible (II Rois, XIV, 7 ; Isaïe, XVI, 1) sous le nom de Sela, soit « rocher » en hébreu, la capitale des Edomites, avant que des recherches archéologiques démontrent qu’il s’agissait de deux villes différentes, Sela étant plus au nord.

 

Période nabatéenne

 

 

PETRA - LES ROUTES COMMERCIALES AUX TEMPS DES NABATEENS

 

LES ROUTES COMMERCIALES A L'EPOQUE NABATEENNE

 

 

L’arrivée des Nabatéens, peuple nomade arabe, remonte probablement au VI° siècle avant JC, date à laquelle ils entrent en pays d’Edom et prennent le contrôle de Pétra. Les Edomites sont à l’époque partis s’installer dans la région d’Hébron, abandonnant le site. Rapidement les Nabatéens se sédentarisent dans la région laissée libre.

La période nabatéenne est mieux documentée que les autres époques de l’Antiquité, mais la plus grande partie des documents (écrits sur papyrus et d’autres supports se décomposant facilement) étant aujourd’hui tombés en poussière, les sources datant de cette ère sont rares, ne nous laissant que les dates parfois précises d’événements gravés dans le grès des murs de la ville et les étapes de construction des monuments pour permettre de reconstituer cette phase de son histoire.

En -312, le général macédonien Antigone le Borgne échoue dans sa tentative de s’emparer de la ville

Au IV° siècle avant JC, la ville s’étend sur plus de 10 km². Les Nabatéens se font connaître pour leur technique de poterie de très haute qualité, savoir sûrement transmis par les Edomites.

Vers la fin du IV° siècle avant JC jusqu’au début du II° siècle avant JC, les Nabatéens semblent totalement indépendants malgré la domination régionale des Ptolémée. Vers la fin du III° siècle avant JC, les Nabatéens soutiennent Antiochos III qui repousse les Ptolémée vers le sud.

Entre -93 et -90, le roi nabatéen Obodas I° bat Alexandre Jannée sur le plateau du Golan, mettant fin aux vues expansionnistes des Hasmonéens sur Pétra et son royaume. Il conquiert ainsi les pays de Moab et de Galaad, à l’est du Jourdain qu’il reperdra malgré sa nouvelle victoire sur Jannée vers -82.

En -85, Obodas I° bat le séleucide Antiochos XII qui est tué au combat. A sa mort Obodas est déifié par les Nabatéens qui organisent son culte et construisent le Deir en son honneur.

Le roi Arétas III, fils d’Obodas I° étend le royaume des Nabatéens jusqu’à Damas. La cité se développe grâce au commerce sur la route de l’encens. Cet itinéraire terrestre historique partait du Yémen le long de la côte occidentale de l’Arabie et se divisait à Pétra en une branche nord-occidentale qui conduisait à Gaza et en une branche nord-orientale en direction de Damas.

L’eau et la sécurité ont fait de Pétra une halte pour les caravanes du sud de l’Arabie, chargées principalement de produits de luxe. Le commerce intermédiaire et des droits de douane produisaient d’importants profits pour les Nabatéens, qui donnaient de l’eau aux caravaniers et leur montraient où s’abriter pour le nuit, contre paiement.

Le roi nabatéen Malichos I° puis Obodas III font échouer plusieurs expéditions romaines vers l’Arabie heureuse dont celle vers -25/-24 du préfet d’Egypte Gaius Aelius Gallus. Les Romains tentent en effet de découvrir l’origine des épices et des parfums que les Nabatéens commerçaient afin de ne plus passer par leur intermédiaire.

La ville atteint son apogée en l’an 50. Elle aurait abrité à cette époque jusqu’à 20 000 habitants, mais les sources divergent fortement sur ce nombre ; ainsi d’autres estimations vont de 30 000 à 40 000 habitants.

Durant le règne du roi nabatéen Obodas III de -30 à -9, le royaume connaît un important mouvement culturel. C’est à cette époque que la plupart des tombeaux et temples sont construits.

Les Nabatéens adorent les dieux et déesses arabes des temps pré-islamiques aussi bien que quelques-uns de leurs rois déifiés. Dusares est en ces temps le principal dieu masculin accompagné de sa trinité féminine : Uzza, Allat et Manat. Beaucoup de statues taillées dans la roche dépeignent ces dieux et déesses.

Diodore de Sicile et Strabon sont les seuls auteurs connus de cette période à laisser des témoignages écrits sur Pétra. Leurs textes font état des importantes richesses de ce peuple arabe provenant du commerce caravanier entre Asie et Europe mais ne s’accordent pas sur leur mode de vie : sédentaire ou nomade, paysans ou citadins. Requem (« la Bariolée »), le nom sémitique de Pétra est également mentionné dans les Manuscrits de Qumrân.

 

Période romaine

 

 

PETRA - VUE DU HAUT LIEU DE SACRIFICE SUR LA VILLE BASSE

 

VUE PANORAMIQUE DU HAUT LIEU DU SACRIFICE SUR LA VILLE BASSE


 

Une confédération regroupant dix Cités-Etats située non loin de Pétra nommée décapole fait son apparition à l’époque romaine. Elle sera conquise par Rome en 63 avant JC.

En 106, sans doute après la mort du dernier roi nabatéen Rabbel II, puisqu’il n’y a eu apparemment aucun combat, le royaume est annexé sur l’ordre de l’empereur romain Trajan par Cornelius Palma, gouverneur de Syrie. Celui-ci fait de Bosra, qui deviendra rapidement la deuxième ville nabatéenne en importance, la capitale de la nouvelle province romaine d’Arabie. L’empereur Trajan renomme Bosra (alors appelée Bostra) en Nea Trajane Bostra ou « Nouvelle Bostra de Trajan ». Pétra reçoit le titre honorifique de métropole. Un peu plus tard, en 114, Pétra devient la base de départ pour les attaques romaines contre l’empire des Parthes en Iran, à l’est.

L’ouverture des routes maritimes à l’époque romaine porte un coup fatal à Pétra et aux Nabatéens en détournant les flux commerciaux de la ville. A compter de l’occupation romaine, quelques caravanes s’arrêtent encore à Pétra mais elles deviennent de plus en plus rares au fil du temps, en dépit de la construction d’une route romaine de 400 km reliant Bosra, Pétra et le golfe d’Aqaba.

L’empereur Hadrien se rend sur le site en 131 et lui donne son nom : Petra Hadriana.

La multiplication des constructions révèle que la ville connut malgré tout une période prospère durant la « Pax Romana ».

Lors de la réorganisation de l’Empire initiée par l’empereur Dioclétien, elle devient la capitale de la « Palaestina taertia » ou « Palaestina salutaris ».

Selon la tradition arabe, Pétra est l’endroit où Moïse, lors de l’Exode du peuple israélien d’Egypte, fit jaillir une source d’une pierre en la frappant avec son bâton. Le village proche de Wadi Moussa et certains lieux rappellent donc aujourd’hui encore Moïse. Myriam, la sœur de Moïse, y possède un tombeau.

 

Période byzantine

 

 

PETRA - DETAIL D'UNE MOSAIQUE DE L'EGLISE BYZANTINE DE PETR

 

DETAIL D'UNE MOSAIQUE DE L'EGLISE BYZANTINE


Le christianisme pénètre à Pétra vers le IV° siècle, près de 500 ans après l’établissement de Pétra comme centre commercial.

En l’an 330 le premier empereur chrétien, Constantin I°, fait de Byzance sa nouvelle capitale et la renomme Constantinople. Pétra fait désormais partie de l’empire byzantin qui y encourage comme sur tout son territoire la diffusion de la foi chrétienne en construisant des églises. Les habitants de la ville restent d’abord fidèles à leurs croyances mais en 350 un évêque est nommé à Pétra puis, un siècle plus tard, de grandes églises sont édifiées dans la ville.

Athanase d’Alexandrie mentionne un évêque de Pétra nommé « Astérius ». Le Deir sera même utilisé comme église durant cet intervalle, des croix peintes sur ses murs et trois autres églises seront découvertes lors de recherches. La vaste « Tombe de l’urne » de l’époque nabatéenne, qui correspond à la sépulture de Malichos II ou Arétas IV, devient une sorte de cathédrale en l’an 446. Au nord de Pétra on trouve plusieurs tombes avec des croix gravées, indiquant que les chrétiens y enterraient leurs morts.

Un violent tremblement de terre frappe Pétra le 19 mai 363, endommageant des monuments, dont le théâtre et les aqueducs. Cyrille, évêque de Jérusalem, dira que « presque la moitié » de la ville fut détruite quand le séisme frappa « à la troisième heure et particulièrement à la neuvième heure de la nuit », décrivant la catastrophe et sa puissante réplique. La ville étant déjà affaiblie depuis le début de la domination romaine par la diminution de ses activités commerciales, n’est pas reconstruite et se vide lentement de ses habitants.

 

MOYEN AGE

 

La conquête islamique de 629 à 632 passe par la région et semble avoir ignoré Pétra. La dernière mention de Pétra se trouve dans un texte écrit par Anthenogenes, évêque de la ville vers la fin du V° siècle ou le début du VI°.

Conquise par les Arabes, dont l’impact sur la ville n’est pas connu, Petra, massivement désertée, n’est devenue qu’un simple village vers 700. Elle est ensuite envahie par les Croisés avant d’être complètement oubliée.

Au cours de la Première Croisade, la ville est occupée par Baudouin de Boulogne du Royaume de Jérusalem et forme le deuxième fief de la baronnie d’Al-Karak dans la Seigneurie d’Outre-Jourdain.

Durant la domination franque, plusieurs fortifications croisées seront construites dont les forteresses Al-Wu’ayrah et Al-Habis.

La ville demeure entre les mains des Francs jusqu’en 1187, année où Saladin les repousse lors de la bataille de Hattin et à Al-Karak puis prend possession de la région.

Un pèlerin allemand nommé Thetmar révèle être passé près de Pétra en 1217 et e sultan Az-Zâhir Rukn ad-Dîn Baybars al-Bunduqdari traverse la ville en 1276.

 

PERIODE MODERNE

 

 

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JEAN-LOUIS BURCKHARDT


 

Pétra est révélée au monde occidental en 1812 par Jean-Louis Burckhardt, un voyageur suisse déguisé en Arabe, qui se fait appeler Cheikh Ibrahim. Il suivit la route reliant Damas à l’Egypte et qui passait par la Jordanie. Il entend dire qu’à proximité du village de Wadi Moussa se trouvait, au milieu d’une forteresse naturelle, des vestiges extraordinaires. Dans cette région qui appartenait alors à l’Empire ottoman, on se méfie des personnes curieuses d’antiquités considérées comme « œuvres des Infidèles » car à cette époque la situation politique et religieuse est tendue. Burckhardt se présente comme un pèlerin souhaitant sacrifier une chèvre au prophète Aaron dont le tombeau, construit au XIII° siècle, est censé se trouver au-delà des ruines, au sommet du djebel Haroun. Accompagné par son guide, il traverse la ville antique le 22 août 1812 sans pouvoir un seul instant s’arrêter pour prendre des notes ou dessiner mais est conscient de l’importance de tels vestiges ainsi que du fait que ces ruines aussi proches de Wadi Moussa sont celles de Pétra. Enthousiaste, il répand la nouvelle parmi les Occidentaux installés en Orient et en Egypte et fera part de ses conclusions dans son livre « Travels in Syria and the Holy Land » qui sera édité en 1823, soit 6 ans après sa mort.

D’autres tentatives d’explorations de Pétra seront effectuées et ce en dépit de la méfiance des autochtones. C’est seulement en mai 1818 qu’une dizaine de personnes provenant de Jérusalem, dont William John Bankes, le drogman Giovanni Finati et les officiers de marine C.L. Irby et J. Mangles, parviennent à rester deux jours sur place, contraints de lever le camp suite à des rivalités entre chefs de tribus qui les obligent à partir plus tôt que prévu.

A partir de 1828 commencent les premières véritables missions archéologiques. A compter de 1830, le site devient un lieu de visite, complément de pèlerinages religieux et source de nombreux profits pour les chefs des tribus alentours.

 

ARCHITECTURE

 

Généralités

 

 

 

PETRA - PLAN DETAILLE DE L'EGLISE BYZANTINE

 

PLAN DETAILLE DE L'EGLISE BYZANTINE

 

1. Cour

2. Atrium

3. Baptistère

4. Mosaïques

5. Parchemins


 

A l’origine, les Nabatéens étant un peuple nomade, leurs constructions étaient de simples tentes en peau de chèvre.

Par la suite des habitations très simples sont taillées dans la roche : dotées de façades lisses, elles sont pourvues d’une porte excavée dans la partie inférieure avec une ou deux découpes en forme d’escalier. C’étaient une adaptation nabatéenne des tombeaux de Syrie. Etant en contact constant avec les civilisations environnantes, ils s’inspirèrent du style de plusieurs d’entre elles, en particulier d’Alexandrie.

Au I° siècle démarre la construction de structures monumentales : le Deir et les tombeaux du Palais et du Corinthien. Durant le II° siècle les bâtisseurs de la cité adoptent des détails architecturaux hellénistiques (frise, architrave, pilastre…) et créent un nouveau style de chapiteau encore appelé « nabatéen ». Ils utilisent de plus en plus de structures uniquement décoratives, dont certaines inspirées de la culture autochtone : rosettes, animaux de la région ou d’ailleurs (éléphants, lions, aigles…), sculptures inspirées de la Grèce antique (dont celles de Méduse), de sphinx, de griffon… Les familles les plus riches de la ville embauchent des architectes pour créer des tombeaux comportant des façades très décorées. Ils font également orner l’intérieur de leurs demeures, le stuc y étant peint en couleurs vives. Strabon dira qu’à Pétra les autorités « condamnent publiquement à une amende ceux qui diminuent leurs richesses et confèrent des honneurs à ceux qui les augmentent ». Les habitants font étalage de leur fortune en faisant ériger des tombeaux et des monuments imposants.

Bien que les bâtiments publics, les monuments et les tombeaux indiquent la forte influence d’autres civilisations notamment hellénistique, avec leurs colonnes, péristyle ainsi que maints autres détails étrangers, les espaces privés, ceux des lieux de vie intime sont majoritairement à connotation arabe. Souvent dépourvus de fenêtres, ils donnent sur de petites cours intérieures tranquilles, comme c’est encore le cas au Moyen-Orient. Les toits des habitations basses (1 ou 2 étages) sont plats et sans tuiles ; toutes, sauf celles des riches qui préféraient les mosaïques, ont des planchers dallés. Il y a souvent des bancs en pierre où s’asseoir pendant les repas mais le reste des meubles semble avoir été en bois car on n’en trouve pratiquement pas de traces. Les cuisines sont situées dans un bâtiment éloigné du logis principal afin de minimiser le risque d’incendie, comme c’est encore le cas dans beaucoup de pays.

 

 

PETRA - DETAIL DE COLONNE AVEC DECORATION EN FORME DE TETE

 

DETAIL DE COLONNE AVEC DECORATION EN FORME DE TETE D'ELEPHANT

 


Les habitants de Pétra construisent également beaucoup de colonnes, les utilisant à l’intérieur comme à l’extérieur de leurs bâtiments. A l’extérieur, elles servent à séparer les cours privées d’avec d’autres structures ; à l’intérieur, elles sont utilisées pour décorer ou délimiter les différentes pièces. Lors de leur occupation, les Romains ont construit une rue rectiligne bordée de portiques à colonnes, vers le marché de la ville ; auparavant toutes les rues suivaient les contours de la vallée, la rue principale longeant le cours du Sîq.

La plupart des bâtiments de Pétra ne sont pas construits sur un quadrillage de voies mais sur les terrasses naturelles, le long des parois des vallées, ou creusées à même la roche. Les quartiers sont centrés sur les sources et ont pu débuter en tant que simples camps tribaux. A Ez-Zantur, un quartier au-dessus de la voie romaine, on trouve des traces d’une habitation en pierre datant du I° siècle avant JC ; sur le même emplacement on trouve une riche villa construite au I° siècle.

Les architectes ont planifié leurs œuvres en sculptant des plans sur la roche à des hauteurs allant jusqu’à 30 mètres. Ils pouvaient ériger une façade de deux manières : de haut en bas avec une seule équipe ou avec deux équipes travaillant simultanément, une partant du haut et la seconde débutant du bas. Quand ils construisaient de haut en bas, ils utilisaient généralement une plateforme taillée à même la roche ; quand une section était terminée, ils détruisaient le niveau inférieur pour faire une plateforme plus basse. Les ouvriers utilisaient les fissures préexistantes dans la roche pour faciliter l’excavation ; quand ce n’était pas possible, ils devaient creuser un trou dans la roche et y insérer du bois qui, une fois mouillé, gonflait et exerçait une pression intense sur la roche environnante, la brisant.

Aux endroits considérés comme sacrés, les Nabatéens mettaient des pierres levées appelées « baétryles », littéralement « maison de dieu ». Elles servaient à signaler la présence d’un dieu.

L’entrée du Sîq était surmontée d’une grande arche dont il ne reste aujourd’hui que des traces sur un côté du canyon à cause des ravages de l’érosion, des tremblements de terre et des crues. Tout au long des murs on trouve des petites niches contenant des sculptures de dieux.

Une muraille, dont il ne reste que peu de traces, protégeait Pétra et sa vallée d’attaques ennemies.

La relative bonne conservation des monuments vient du fait que, par tradition, les habitants des villages voisins  entretenaient la cité et ce jusqu’aux environs du XIX° siècle.

 

 

PETRA - VUE D'ENSEMBLE DES TOMBES

 

ENSEMBLE DE TOMBES


 

LES PRINCIPAUX MONUMENTS

 

On trouve autour de Pétra des tombeaux creusés à même la roche qui présentent des façades de type hellénistique dont la célèbre Khazneh et le monastère Deir. On y trouve aussi vingt rochers appelés les « jinns » qui représentaient peut-être des dieux veillant sur la ville.

Le Sîq est également souvent représenté par son côté mystérieux et monumental ainsi que la suite du Khazne al-Firaun, la voie centrale de Pétra.

Construit au I° siècle, un théâtre romain taillé dans la roche pouvait accueillir de 3 000 à 8 500 personnes, selon les sources. C’était un mélange de roche taillée et de maçonnerie ; il avait un orchestre semi-circulaire et des gradins en trois niveaux superposés en forme de lune croissante. Le théâtre a été découvert en 1961 et exhumé par une équipe d’archéologues américains. Des chambres funéraires enclavées dans le massif rocheux situé derrière le théâtre avaient été mises au jour lors de sa construction.

La majorité des plus grands monuments (la Khazneh, le théâtre, le Qasr-al-Bint…) furent construits pendant le règne du roi Arétas IV (de l’an -9 à l’an 40).

Pendant la domination byzantine furent construites de grandes églises fastueusement décorées de pierres venant de la Grèce, d’Egypte et d’autres terres lointaines. Le marbre et le granit des anciens temples nabatéens et romains furent souvent utilisés. « L’Eglise byzantine » découverte en 1990 a été bâtie au V° siècle ; elle se trouve au nord de la rue à colonnades. Jadis elle a été décorée de mosaïques et de tesseras en verre et pierre, parfois recouvertes de feuille d’or. Son style était plutôt gréco-romain avec des détails inspirés de Pétra et de ses environs, ses plantes et ses animaux. L’église a été victime d’un incendie à la fin du V° siècle qui a détruit le marbre (éparpillé en plus de 4 000 fragments retrouvés par les archéologues) et a abimé plus de 140 papyri gardés dans une chambre connexe par une famille aisée.

 

La Khazneh

 

 

PETRA - LA KHAZNEH VUE DE KHUBTAH


 

La Khazneh, de l’arabe « Khazne al-Firaun » soit « trésor du Pharaon », est l’un des bâtiments les plus connus de cette cité antique. Son imposante façade est taillée dans le grès et est un haut lieu touristique de la ville et sa région.

Le bâtiment, de 40 m de haut sur 28 m de large, dont le style influencé par l’art architectural d’Alexandrie daterait sa création vers le I° siècle avant JC, serait le tombeau d’un roi ou d’une reine, plus probablement du roi Aretas IV mort en 40.

L’intérieur, composé d’une grande salle et de trois autres petites pièces, est très sommaire.

Ce monument doit son nom au fait que pendant longtemps les Bédouins qui vécurent dans le secteur ont cru que l’urne funéraire située en haut du bâtiment contenait un important trésor. Des impacts de balles sont encore visibles sur l’urne, montrant les tentatives de la casser afin de s’emparer du trésor. Toutefois, comme l’urne et toute la façade l’entourant est taillée complètement dans la roche, ces essais sont demeurés stériles.

Une Isis-Tyché tenant une corne d’abondance est sculptée sur la rotonde centrale de l’étage. L’entrée au « trésor » se fait, après une demi-heure de marche, à travers un long corridor rocheux appelé le Sîq. On peut aussi avoir un panorama splendide de la Khazneh depuis le sommet du djebel Khubtah.

 

 

PETRA - URNE DE LA KHAZNEH

 

URNE DE LA KHAZNEH

 

Le Deir

 

 

PETRA - LA FACADE DU DEIR - HAUTE DE 45 M


 

Le Deir, de l’arabe al-Deir, « le monastère », a une façade de 45 m de large sur 42 m de haut. Il semble lié à un rite funéraire, probablement celui du roi Obodas I°, divinisé, qui accéda au trône en -96. Une imposante urne funéraire de 9 m de haut se trouve à son sommet et est accessible par un escalier.

Le bâtiment fut, par la suite, réutilisé par les Chrétiens comme monastère, ce qui vaut son nom actuel.

L’intérieur est composé d’une grande pièce au fond de laquelle se trouve une tribune accessible par un petit escalier.

L’arrivée devant le monastère se fait via un escalier de 800 marches taillé dans la roche.

 

 

PETRA - FACADE DU DEIR

 

FACADE DU DEIR

 

Le Qasr-al-Bint

 

 

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Le Qasr-al-Bint était un des principaux temples de la cité de Pétra et demeure l’une des rares structures construites (plutôt que creusées dans la roche) encore relativement intacte.

Le monument fut édifié à l’époque nabatéenne, vers l’an 30 avant JC. Les blocs de grès jaune furent pour la plupart transportés depuis une carrière située à quelques centaines de mètres en aval dans le Wadi es-Siyagh. Le bâtiment était haut de 23 m dans sa version initiale. Si le nom donné par les Bédouins (Qasr al-Bint Firaun) signifie « le palais de la fille de Pharaon », il s’agissait en fait du plus grand lieu de culte de la cité, consacré à priori au dieu Dusares, et peut-être également à la déesse Al-Uzza.

Après la conquête romaine, il est modifié et adapté aux dieux romains, peut-être Apollon, et conserve une position centrale dans la cité, à l’extrémité de la rue principale (Cardo Maximus) ainsi qu’à proximité immédiate du principal temple romain et du marché.

Le temple, probablement déjà peu actif et endommagé vers la fin du III° siècle, est presque totalement détruit par le tremblement de terre du 19 mai 363, avant d’être vraisemblablement abandonné. Il a été largement restauré au XX° siècle.

 

 

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RECHERCHES ARCHEOLOGIQUES

 

Chronologie

 

 

PETRA - LE DEIR

 

LE DEIR

 

 

L’égyptologue William John Bankes, qui parvint à rester quelques jours sur le site et à parcourir une grande partie de la ville, réussit à faire quelques croquis ; les conclusions de son voyage ont été rendues publiques la même année que la sortie du livre de Burckhardt (1823) mais les dessins demeureront inédits jusqu’à la fin du XX° siècle.

Ce sont en fait les nombreux documents, gravures et dessins archéologiques des Français Léon de Laborde et Louis-Maurice Adolphe de Bellefonds réalisés au cours de leur mission de 1828 et compilés dans le livre « Voyage de l’Arabie Pétrée » (1830) qui posent les bases du mythe nabatéen et attirent l’attention du monde occidental sur les vestiges de Pétra. Les deux associés et les 16 personnes qui les accompagnaient campèrent près des ruines malgré la crainte de la peste qui sévissait dans le village proche de Wadi Moussa. Leurs relevés, établis en 6 jours de travail, permettent de dresser la première carte de la ville.

Plusieurs missions archéologiques suivent, notamment celles des géographes Gotthilf Heinrich von Schubert et Jules de Bertou en 1837, du spécialiste des études bibliques Edward Robinson en 1838, de l’assyriologue Austen Henry Layard en 1840 et de l’archéologue Honoré Théodoric d’Albert de Luynes en 1864. Les premières études portent sur les tombeaux plus spectaculaires que les autres vestiges. Les populations locales se montrent hostiles aux recherches, ne permettant pas l’organisation de véritables fouilles.

En 1897, les Dominicains de l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem prennent des relevés des inscriptions et des monuments.

En 1907, le spécialiste du monde arabe Alois Musil publie dans son œuvre cartographique « Arabia Petraea » les résultats d’une des premières expéditions à vocation scientifique ayant entrepris de faire l’inventaire de tous les sites de l’Antiquité visibles à l’époque.

Dans les années 1920, des mesures effectuées par les antiquaires Rudolf Ernst Brünnow et Alfred von Domaszewski permettent de dresser une des premières cartes précises de Pétra. Ce n’est qu’à partir de 1924 que débuteront de « vraies » missions de fouilles scientifiques.

Les recherches ne se limitent pas au site. Charles Montagu Doughty découvre à une certaine distance une autre ville nabatéenne, Hégra.

Les premières fouilles archéologiques ont lieu en 1929. D’autres suivent de 1935 à 1937 et en 1954. En 1958, la British School of Archeology commence à fouiller le centre-ville. Depuis, des archéologues se sont constamment relayés sur le site.

A compter de 1973, le département des Antiquités de Jordanie entame une collaboration avec plusieurs universités américaines pour la conduite des fouilles. Les archéologues jordaniens, français, suisses et américains font beaucoup de découvertes importantes au cours de la dernière grande campagne de fouilles qui dure de 1993 à 2002 : en 1998 un grand complexe de bassins est découvert près du Grand Temple ; en 2000 une riche villa nabatéenne située hors du Sîq et en 2003 des tombes taillées dans la roche en dessous de la Khazneh.

Le relief de la ville rendant difficile l’accès à certains endroits et l’érosion ayant fait des dégâts, les archéologues demandèrent à un alpiniste d’escalader une paroi pour atteindre une tombe, mais il n’y trouva que des os, la tombe ayant été pillée.

Sur un petit plateau de l’une des falaises on trouva un lieu réservés aux cérémonies religieuses où se déroulaient probablement des sacrifices d’animaux dont le sang devait couler sur la paroi de la falaise.

Sous la direction de l’autorité des antiquités jordaniennes, des scientifiques américains de l’Université Brown de Providence révélèrent les ruines du Temple principal (Qasr al-Bint) dans le centre-ville ainsi que le secteur autour de la porte de Temenos.

A ce jour, seul 1% de la surface de la cité de Pétra a fait l’objet de fouilles archéologiques.

Dans les années 2000, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS° poursuivait des fouilles au Qasr al-Bint principalement financées par le ministère des Affaires étrangères français.

 

 

PETRA - LE DEIR2

 

LE DEIR


 

L’ECRITURE

 

Ce sont les recherches sur les inscriptions de Pétra ou d’Hégra qui ont permis les plus grandes avancées. Les rochers de Pétra sont couverts de près de 4 000 inscriptions dont 80% sont des signatures, principalement de pèlerins pré-Islamiques y laissant trace de leur piété. Les Nabatéens ayant le plus souvent écrit sur du papyrus et du cuir, qui se décomposent rapidement, il ne nous reste que les inscriptions gravées dans la pierre, à Pétra et ailleurs au Moyen-Orient où cet alphabet fut assez courant. Dès 1840, le savant E. Beer déchiffre l’alphabet, une forme particulière de l’écriture araméenne mêlée à l’arabe (elle est peut-être à l’origine du style d’écriture de cette dernière). Les Français Eugène-Melchior de Vogüe puis William Henry Waddington complètent les recherches. Ecrit de droite à gauche, l’alphabet se composait de 22 consonnes ; comme certaines langues apparentées, dont l’hébreu, les voyelles doivent être déduites par le lecteur. Il semble que le style de l’écriture présente sur les rochers, ses ligatures et ses courbes, dérive de celui d’une écriture sur papyrus créée par les scribes et que ce style fut repris lors de la gravure des inscriptions sur la roche à l’aide du marteau et du burin.

Les Nabatéens étaient en contact permanent avec d’autres grandes civilisations de l’époque et ils utilisaient le grec ancien et le latin pour leurs documents les plus importants.

Les numismates parviennent à identifier les pièces de monnaie émises pendant environ deux siècles par les Nabatéens qui imitèrent la monnaie grecque et retracent ainsi les grandes lignes de l’histoire de la royauté nabatéenne.

 

PETRA DANS LES ARTS

 

 

PETRA - DAVID ROBERTS - 1839

 

PETRA PAR DAVID ROBERTS - 1839

 

PETRA - EL DEIR - DESSIN DE DAVID ROBERTS EN 1839

 

EL DEIR PAR DAVID ROBERTS - 1839

 

PETRA - LE KHAZNEH PAR FREDERIC EDWIN CHURCH EN 1874

 

LA KHAZNEH PAR FREDERIC EDWIN CHURCH - 1874


 

La société anglo-saxonne a pris connaissance de l’existence de Pétra principalement à travers les récits du religieux britannique John William Burgon qui la décrivait comme « a rose-red city half as old as time » (« une cité vermeille, moitié vieille comme le temps ») mais lui-même, comme nombre de ses contemporains, ne s’est jamais rendu dans la ville et il ne la connaissait que par les lithographies et peintures de l’Ecossais David Roberts qui, dès 1839, les publia dans son livre « Egypte, Syrie et Terre Sainte ». En effet, jusqu’après la Première Guerre  mondiale, la ville n’était accessible qu’aux Européens accompagnés de guides locaux et d’escortes armées.

En 1868, la « caravane des peintres français », composée de Gérôme, Bonnat, Paul Lenoir, le guide-interprète Mousali et le photographe Goupil, tente de dépeindre lors de son voyage dans le Sinaï, Fayoum et Pétra, les atouts culturels de la ville mais le résultat est décevant car, pendant deux jours, des pluies torrentielles ne permettent pas de travailler.

Dans les années 1930, Agatha Christie situe l’intrigue de son roman policier « Rendez-vous avec la mort », (1937), à Pétra.

Tintin visite Pétra dans l’album « Coke en stock ».

Hollywood, à travers des films tels que « Indiana Jones et le Dernière Croisade », « Mortal Kombat, destruction finale », « Le Retour de la Momie » et « Transformer 2 », profite des décors particuliers de Pétra.

 

 

PETRA - LE SIQ ET SON ARCHE - LADY LOUISA TENISON - 1843

 

LE SIQ ET SON ARCHE PAR LADY LOUISA TENISON - 1843

 

PETRA - LES TOMBES ROYALES VUES PAR WILLIAM BARTLETT EN 184

 

LES TOMBES ROYALES PAR WILLIAM BARTLETT - 1845

 

PETRA - RUINES VUES PAR DEROI EN 1830

 

RUINES PAR DEROI - 1830

 

 

TOURISME

 

Généralités

 

Le tourisme ne s’est développé à Pétra qu’après la Première Guerre mondiale. Auparavant la ville n’était accessible qu’aux tourismes et chercheurs encadrés non seulement par des guides locaux mais également des escortes armées. Les nomades Bedul habitaient dans les ruines de Pétra jusqu’aux années 1980 ; ils sont aujourd’hui guides touristiques ou commerçants établis dans les environs.

Pétra est le site le plus visité de Jordanie avec 310 271 visiteurs en 2004 et 393 186 en 2005. Cependant le secteur du tourisme est dépendant de la conjoncture économique et de la stabilité politique de la région : ainsi en 2003, lors de la guerre en Irak, il y a eu seulement 160 658 visiteurs à Pétra et la Jordanie a vu les saisons 2002 et 2003 sacrifiées. En comparaison le site de Jerash, deuxième site du pays en nombre de visiteurs, reçoit 214 550 visiteurs en 2006, soit environ deux fois moins.

Avant l’entrée du Sîq, un pôle touristique comprenant des hôtels de luxe a été créé à la fin du XX° siècle. Ce sont 23 hôtels qui sont répartis autour de Pétra, offrant 589 chambres pour un total de 1290 lits.

L’entrée au site est payante et les tarifs sont même particulièrement élevés pour un pays en développement. La raison majeure se situe dans le fait que l’essentiel des touristes qui se rendent à Pétra arrivent principalement d’Europe et d’Amérique du Nord. Le site représente donc, grâce à ces revenus directs et indirects, un véritable poumon économique pour la Jordanie.

Toutefois, cette perspective de gains provoque des migrations de population vers le site de Pétra et le village de Gaia subit un important développement démographique.

Une visite nocturne de Pétra à la lueur de 1 800 bougies est possible pour découvrir la ville sous un autre angle. Les Bedul et autres autochtones offrent aux touristes des promenades à dos d’âne, de cheval ou de chameau mais cette pratique est déconseillée par les autorités du par cet par l’UNESCO car la poussière levée par le pas des animaux s’incruste dans les fissures et les recoins du Sîq et des ruines, les endommageant.

 

Musées

 

Pétra compte deux musées majeurs. Le premier, le musée archéologique, est situé dans une ancienne grotte nabatéenne de la colline d’al-Habis. Il présente des artefacts des différentes périodes, des Edomites aux Romains. Créé en 1963, sa collection est en cours de renouvellement suite à l’ouverture du musée nabatéen, créé en 1994, et second conservatoire important. Ce dernier permet d’avoir des informations sur l’histoire de Pétra et des Nabatéens, sur la géologie de la région et présente des fouilles sur plusieurs monuments et lieux de vie notables. De nombreux objets y sont également exposés.

 

PROTECTION DU PATRIMOINE

 

 

PETRA - LE THEATRE ROMAIN

 

LE THEATRE ROMAIN

 

 

Le manque de protection végétale, l’extension de l’agglomération voisine et la fréquentation touristique en hausse constante (la direction du parc archéologique a déclaré avoir reçu en 2008 jusqu’à 3 600 visiteurs par jour) constituent aujourd’hui autant de menaces pour la conservation de Pétra. Par ailleurs, les crues et les tremblements de terre associés à l’érosion ont déjà détruit de nombreux vestiges. Certains monument

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s sont retournés à l’état de sable. Les rouges, les ocres, les gris qui font la beauté des lieux sont autant de signes de leur dégradation.

Avec Qusair Amra et Um er-Rasas, Pétra est un des 3 sites jordaniens inscrits sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco. Cette inscription date du 06 décembre 1985, en même temps que Qusair Amra. Elle a permis de centraliser et de coordonner l’effort du gouvernement jordanien et des organismes locaux afin de mieux collaborer. Le « Petra Region Planning Council » (PRPC), en particulier, accorde l’action des différents ministères. Le « Petra National Trust » (PNT) gère quant à lui la protection contre les crues qui ont posé et suscitent encore de nombreux problèmes.

Depuis 1991, l’UNESCO aide financièrement la Jordanie dans les travaux de restauration de Pétra. Le traitement des roches, destiné notamment à diminuer leur porosité par électrophorèse, par Electricité de France (EDF) et Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit (GTZ) permettrait de préserver en l’état les vestiges nabatéens. L’Institut géographique national (IGN) a aussi participé à des missions de restauration, notamment sur le Qasr al-Bint.

Certaines tentatives sont même faites avec des pierres artificielles pour éviter que les touristes trouvent la ville dans un état de plus en plus déplorable.

Depuis 1993, le site et la zone environnante constitue un parc national archéologique. Cette création devait permettre de réguler le flux touristique afin de mieux protéger Pétra mais, à l’heure actuelle, aucune décision de limites n’a encore été adoptée.

Depuis 1997, Pétra a figuré 4 fois sur la liste des 100 sites les plus menacés par l’ONG « World Monuments Fund ».

 

 

PETRA - LE THEATRE ROMAIN 2

 

LE THEATRE ROMAIN


 

DIVERS

 

Chaque année depuis 2005 est organisé le Forum de Pétra qui, à l’initiative des fondations du roi Abdallah II de Jordanie et de celle d’Elie Wiesel, réunit des prix Nobel de toutes disciplines ainsi que d’autres personnalités mondiales dans le but de promouvoir la paix, notamment au Moyen-Orient.

Le 07 juillet 2007, Pétra a été désignée comme l’une des Sept Nouvelles Merveilles du Monde par un organisme non officiel et à caractère commercial (New Open World Corporation).

 

 

PETRA - THEATRE ROMAIN

 

LE THEATRE ROMAIN

 

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Publié dans Architecture

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